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La mémoire du Quartier


        

Le Centre cardio-vasculaire Cantini

C'est Eugène Chaponnière, négociant-commissionnaire et chargeur, qui fit construire la bastide "Préboisé" dans la seconde moitié du XIXème siècle. Il la conserva jusqu'à sa mort et elle fit place dans les années 1930 à une clinique. Le parc de l'ancienne bastide fut mis en lotissement (ouverture des avenues Védrines et Coli).

Sur cette photo de 1933, on peut voir : la Clinique Moderne - les quelques villas déjà construites dans le lotissement "Préboisé" - au 2ème plan l'usine "La Carbonique Française" - au troisième plan ce qui deviendra l'avenue Vitton.

Le Conseil d'administration de la Clinique Moderne projeta en 1938 de la vendre aux Hospices de la Ville, mais la guerre de 1939.1945  en décida autrement. Devant quitter le Fort de Vincennes en septembre 1939, l'Ecole militaire d'administration finit par s'installer à Marseille, en septembre 1941, dans les locaux de la clinique.

 

Entrée de l'Ecole Militaire d'Administration. On reconnaît,à gauche, le bâtiment de la Clinique Moderne.

En janvier, 1943, les Allemands demandent l'évacuation des locaux. L'Ecole Militaire d'Administration fut expulsée pour laisser place à un hôpital de la Kriegs Marine (Marine de Guerre allemande).

Après la Libération,  plus précisément en 1946, l'ex-Clinique Moderne est acquise par la Chambre de Commerce, puis par la Caisse Régionale de Sécurité sociale; en 1949 l'Assistance publique l'achète à son tour, avec le projet d'y installer le Centre Anti-cancéreux, puis une maternité; en fait, c'est l'Ecole de Puériculture qui s'y installe... mais pour quelques mois seulement.

Entre janvier et mai 1952, une épidémie de variole sévit à Marseille, le 1er mars 1952, neuf malades et une quarantaine de "contacts" sont évacués dans l'ex-clinique "qui offre l'avantage d'être isolée dans un jardin large bien clôturé, dans un quartier de texture très large"; des forces de police montent la garde; les mesures d'isolement prises sont draconiennes.

En 1954, l'Assistance Publique décide de donner à la clinique le nom de Clinique Jules Cantini, réalisant les voeux d'un de ses plus généreux donateurs.

En 1956, le Centre Médico-Chirurgical Jules Cantini ouvre, sous la direction des Professeurs Robert de Vernejoul et André Jouve. En 1962, le Professeur Edmond Henry succède au Professeur Robert de Vernejoul.

Centre cardio-vasculaire Cantini 1956/1990

" La disparition du Centre Cantini, pour toute une génération de médecins, signifie la disparition d'un lieu exceptionnel. Un lieu animé par deux grands patrons : le Professeur André Jouve, chef de service de cardiologie médicale et le Professeur Edmond Henry, chef de chirurgie cardiaque. Le Centre Cantini avait, à cette époque, l'extrême originalité d'associer sur un même site la cardiologie médicale et la chirurgie cardiaque.

Médecins, chirurgiens et infirmières, nous avions le sentiment d'avoir le privilège et l'honneur d'y travailler. Pour beaucoup d'entre nous, cette période fut la plus enrichissante de notre activité professionnelle.

Cantini avait une réputation internationale. J'ai eu la chance d'y arriver comme jeune interne au début des années 60 et de participer à un éblouissant feu d'artifice cardiologique avec : la naissance de la réanimation cardiaque et des premiers chocs électriques externes - la naissance des premiers pace-makers - la naissance de la coronographie - la naissance de la chirurgie cardiaque et les premières transplantations (chacun se souvient d'Emmanuel Vitria qui fut transplanté à Cantini par les professeurs E. Henry et R. Montiès, avec une survie exceptionnelle de 16 ans).

Le Centre Cantini fut également réputé pour son école d'électrocardiographie et son enseignement;

Je garde le souvenir de l'éclectisme, de la rigueur scientifique et du dévouement des Professeurs André Jouve et Edmond Henry qui ont largement contribué à la renommée médicale de Marseille.

Marseille ne doit pas les oublier.

Dr Maurice Arnoux  - Ancien interne des Hôpitaux de Marseille - Ancien Chef de Clinique du Centre Cantini.

 

Le 12 avril 2010 a été inaugurée la Résidence Flora Park qui s'élève maintenant là où était le bâtiment de la "Clinique Moderne".

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Marie Buret dite Marie de Sormiou  

Paris 13.02.1865

Marseille 6.11.1956

 

Marie Thérèse Rose Charlotte est fille de Charles Buret, riche descendant d’une famille de négociants et d’Augustine Pascalis. Elle  est l’enfant tardive et chérie des propriétaires de la bastide de La Magalone.

  

 

                                           

 

                                   

 

Dans cet environnement de beauté architecturale, au parc alors immense, elle reçoit un enseignement à domicile qui lui forme un goût et un sens artistique extrême.

En 1885, elle épouse par amour, un aristocrate d’origine provençale, Alfred de Ferry (il représentera la Croix-Rouge en Provence durant la Première Guerre mondiale). Tous deux partagent une même passion pour les arts et les lettres ; ils se consacrent à la restauration et à l’ameublement de la Magalone. Il écrit des pièces, elle compose des poèmes. Leur bastide devient le cénacle des beaux esprits du temps, c’est là que se côtoient Mistral, Mounet-Sully, Anna de Noailles, c’est là que se marie l’actrice Cécile Sorel.

 

     

 

         

 

C’est aussi là que la poétesse, dont le pseudonyme évoque la calanque dont sa famille possédait et possède encore la plus grande part, compose ses recueils : Les Chants du Soleil, La vie triomphante, Hylocos. Elle y magnifie plages, calanques, bois d’oliviers, îles marseillaises, Corniche. Elzéard Rougier conquis dit en 1909 : « Tous les poètes de Marseille et de Provence doivent lui céder le pas. Elle marche, non point au milieu d’eux, mais à des lieues devant leur front, telle une reine. »

 

Une rencontre mystique avec Assise détermine un tournant dans son œuvre . Cette grande dame, cousine du maréchal Lyautey, découvre le message de saint François. Elle publie «  La Joie aux Pieds Nus », célèbre la pauvreté « brune infante aux yeux couleur de route » . Elle s‘éloigne des mondanités, partage sa vie entre Paris et sa chère Magalone dont le parc est dévoré par l’urbanisation (percement du boulevard Michelet, construction de la Cité radieuse Le Corbusier, du Parc Sévigné…).

 

Son second mariage en 1929 avec Gustave Bonnegrâce de Canolles, plus qu’un mari lui procure un compagnon amateur éclairé d’antiquités avec lequel elle part en voyage à l’étranger compléter ses collections.

Pianiste, peintre, elle excelle dans tous les arts jusqu’à la fin de sa vie.

 

Extraits : " Marseillaises Vingt-six siècles d’Histoire" article sur Marie de Sormiou de Paul Michel Gaultier de Coudouret

 

 

                                                                                                                                                  

 

                                                                                                                                           

 

                                                                                                           

Comme un jour dépouillé d’espérance et de sève               

Le morose automne m’endort.

Mon poème aux cent fleurs ; les roses de mon rêve

Tombent avec les feuilles d’or.

 

Marie de Sormiou*

Dans l’Automne -L’Offrande aux Dieux.

 

 

*Une impasse rappelle le souvenir de la poétesse. ( cette voie est située avenue de Mazargues , approximativement  à l’endroit où se trouvait  l’entrée de la propriété La Magalone, avant le percement du boulevard Michelet). 

 

 

 

 

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Carvaillan ( notre Quartier au Moyen Âge)

 

En mars 965, l’évêque de Marseille, Honorat, lors d’un plaid tenu à Arles sous la présidence du comte Bosson obtint de ce dernier la restitution à l’église de Marseille de terres injustement détenues par le pouvoir comtal. Il s’agissait de trois domaines situés du côté de l’Huveaune.

Ce sont ces trois domaines que l’évêque donnera en premier aux cénobites qui se grouperont quelques années plus tard autour de l’église Saint-Victor, puisqu’aussi bien ces terres avaient appartenu au patrimoine de l’institution cassianite. Elles fournissaient une excellente base de départ pour, au sens technique du terme, « coloniser » petit à petit le quartier qui n’était guère en ce début du XIe siècle qu’un vaste marécage.

Leur première attaque,  les moines la portent en direction de la villa de Carvaillan, dans les années 1020. Pourquoi, sinon parce que les pentes de ce massif de collines que les moines revendiquent comme leur appartenant depuis 810 et qui leur sont restituées par l’autorité de la famille vicomtale, « depuis les sommets des collines jusqu’à l’Huveaune », sont couvertes de bois (ce sera encore le cas en plein XVIe siècle). Le bois est un matériau dont l’abbaye éprouve un besoin vital, mais plus fondamentalement encore aux yeux des moines, l’eau est la réalité première, nourricière.

 

 

 

                  

                                                

                                            

Sur le terroir marseillais, les victorins se font concéder le monopole des eaux de l’Huveaune (Vuelna) et derechef équipent son cours en divers ouvrages d’art ainsi qu’en pêcheries. Le premier soin des responsables est de restaurer le moulin qui sur les bords de l’Huveaune est concédé au monastère à l’endroit où l’eau du Jarret tombe dans le béal du dit moulin, près du point où se situe le gué du chemin qui mène à Carvaillan.

 

Paul Amargier : Un age d’or du monachisme Saint-Victor de Marseille (990-1090)

 

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La bastide du roi René

  

René d'Anjou :  1409 - 1480

 

A cheval sur le quartier Sainte-Marguerite et le boulevard Michelet, un vaste territoire aujourd'hui morcelé et urbanisé nous rappelle la présence du "bon roi René" dans notre ville. En effet, les avenue, impasse, traverse de la Grande-Bastide évoquent le passage du célèbre comte de Provence dans ce quartier.

En 1473, René d'Anjou, comte de Provence, roi de Naples vint habiter Marseille. Le souverain angevin habitait sur le port, près du quai de Rive-Neuve, mais vite pris par le virus ambiant, il eut aussi sa "campagne", ou plutôt de façon royale "ses campagnes". Il eut ainsi bastide à Aix, Gardanne, Saint-Jérôme et bien sur cette "Grande-Bastide" sise au quartier de Carvaillan* dont l'étendue boisée à cette époque lui permettait d'assouvir ses penchants de chasseur. Il semble que René ait eu une certaine préférence pour cette propriété. Il faut dire qu"elle s'étendait du Vieux chemin de Mazargues (rive gauche de l'Huveaune) jusqu'à Valmante.

La tradition dit que René orna sa propriété de beaux arbres, y fit édifier tourelles, pavillons, vergers, galeries pour amener l'eau, jardins, y fit creuser des rivières pour les poissons, multiplia les oeillets, roses, muscadelles et éleva des paons blancs et perdrix rouges.

De cette époque fastueuse, il ne reste malheureusement rien. Alfred Saurel* avait pu reconnaître dans la campagne Saint-Jacques sept bastions qui, selon lui, délimitait la propriété dont un sur lequel on avait édifié une tour-belvédère encore visible avant le lotissement des années 1970.

Le démembrement de la Grande-Bastide au XVIeme siècle nous est inconnu, mais à la fin du XVIIeme siècle, César Patac (ou Potac) en est propriétaire; à sa mort sa femme, née Marguerite de Magalon, hérite de la propriété.

En 1713, Marguerite vendit la Grande-Bastide à son frère Jean de Magalon qui avait acquis également un bâtiment en cours de construction (la future Magalone) voisin de la Grande-Bastide, appartenant à l'illustre famille de Sabran.

L'héritier de Jean de Magalon légua à son fils la totalité de la propriété, lequel vendit la portion proche du rond-point de Mazargues. La Grande-Bastide se trouva ainsi divisée en trois parcelles :    

- La campagne Desautel ou Saint-Jacques

- La Grande-Bastide ou fut édifiée une bastide au début du XIXeme siècle, lotie dans les années 1960, qui transmit son nom au quartier et conserva la mémoire de la campagne du Roi René.

La Magalone.

 

* le nom de Carvaillan embrassait une partie du quartier de Sainte-Marguerite.

* Alfred Saurel : historien provençal du XIXeme siècle.

 Comité du Vieux-Marseille - Archives communales "Les Bastides"

 

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Monsieur de Talleyrand se refait une santé à Sainte-Marguerite.

En ce 28 octobre 1825, Jean-Baptiste Montgrand, maire de Marseille depuis douze ans, est sur des charbons ardents, vendredi prochain, jour de la saint Charles, il devra présider les cérémonies en l'honneur de Charles X avec messe, discours, inauguration d'un buste du roi, le tout couronné par la pose de la première pierre de l'arc de triomphe de la Porte d'Aix.

Cependant un autre évènement éclipse celui-ci par son imminence : avant ce soir, le Grand Chambellan Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, pair de France fera son entrée en la Ville.

Le septuagénaire claudiquant a décidé d'aller passer l'hiver dans le midi pour y soigner sa santé et y faire un peu de tourisme en compagnie de la duchesse de Dino, sa nièce par alliance, mais aussi sa maîtresse, et de la comtesse Tyszkiewicz, fille du maréchal Poniatowski. Et puisqu'il fallait, comme il le dit lui-même "se poser dans un bon endroit pour les mois de novembre et décembre" il a choisi Marseille " qui en est un excellent".

La "campagne" offerte au noble trio est une belle propriété de 14 hectares, complantée en vignes cultivées en oullières, en oliviers et autres arbres fruitiers, située tout près de l'aglise de Sainte-Marguerite. Le petit cimetière paroissial et son chemin d'accès la limite au levant et au nord, tandis qu'au couchant c'est le chemin de Saint-Loup à Mazargues qui la borde.

La bastide avait été acquise en 1810 par le négociant Jean-Baptiste Vidal qui l'avait mise, en 1821, à la disposition du baron de Damas, général, commandant la division militaire. Le général avait résidé deux ans à Sainte-Marguerite avant d'être nommé ministre de la Guerre, puis ministre des Affaires étrangères. C'est peut-être lui d'ailleurs qui a conseillé à son illustre prédécesseur, devenu Grand Chambellan, d'aller soigner ses rhumatismes à Sainte-Marguerite, en lui vantant à la fois la douceur de son climat, les charmes de son site et le confort de sa bastide.

A Sainte-Marguerite, Talleyrand passera le plus clair de son temps en promenades dans le parc, en parties d'écarté et en siestes agrémentées de lectures faites par la duchesse de Dino, sa chère Dorothée. Le prince de Bénévent rendra quelques visites, notamment au marquis de Panisse-Passis en son château de Bonneveine.

La cure à Marseille sera un succès pour le "diable boiteux", au dire de sa nièce, son visage sera bientôt rajeuni de dix ans. De plus "grâce à l'exercice, au grand air et au feu du soleil, son appétit lui reviendra permettant d'ajouter à son dîner ordinaire un bon petit déjeuner" et tous ces progrès feront crier au miracle à la tendre Dorothée.

Régénéré par l'atmosphère, mais aussi gagné par l'esprit des lieux Talleyrand sortira requinqué de son séjour à Sainte-Marguerite.

En 1835, Jean-Antoine Hesse acquiert la propriété. Son petit-fils Ernest-Bruno la rebaptise "Lei Roure", il la laissera à sa veuve née Joséphine-Marie Gilibert. Dans la première moitié du XXème siècle, les héritiers du domaine familial vendirent quatre hectares en bordure de l'avenue Augustin Aubert où s'installèrent une scierie de marbre et une corderie, et cédèrent un hecatre supplémentaire pour l'ouverture du boulevard rectiligne qui remplaça la traverse de l'ancienne église, baptisé comme il se doit : boulevard Gilibert. La bastide fut rasée pour faire place à un lotissement. De la propriété, seule la ferme de la campagne Hesse échappa à la démolition, elle se trouve aujourd'hui dans l'alignement des villas au 36 boulevard Gilibert.

Extraits de Marseille Revue Culturelle - Les bastides du Comité du Vieux Marseille.

 

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